Éclats d’origine 1/5
« La création de l’humain, une coproduction ? »
Dieu dit : « Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance ».
Avec cette parole, à cet instant précis du récit de la création, nous assistons à un changement radical dans le modus operandi de Dieu.
Jusque-là, Dieu disait et la chose advenait.
« Que la lumière soit ! » et la lumière fut.
« Qu'il y ait un firmament au milieu des eaux et qu'il sépare les eaux d'avec les eaux ! » Dieu fit le firmament et il sépara les eaux inférieures au firmament d'avec les eaux supérieures.
« Que les eaux inférieures au ciel s'amassent en un seul lieu et que le continent paraisse ! » Il en fut ainsi. Dieu appela « terre » le continent ; il appela « mer » l'amas des eaux.
Etc, etc.
Dieu dit et la chose advient.
Par rapport à cette manière de faire, on entend parfois dire que Dieu a créé le monde ex nihilo, à partir de rien. Ou alors, et même la TOB se prend les pieds dans la traduction, que « la terre était déserte et vide ».
Ce n’est pas tout à fait exact.
L’hébreu biblique précise qu’au début de la création, c’était le tohu bohu. Le mot a passé en français.
Ce n’est pas qu’il n’y avait rien. Nous l’avons réentendu : Il y avait la terre. Il y avait la ténèbre, l’abîme, les eaux, mais tout était pêle-mêle.
Ce méli-mélo, ce tohu bohu, n’était en fait pas habitable.
En séparant les divers éléments, puis en les mettant en lien entre eux, Dieu a pris le monde dans le chenit où il était alors et il a créé les conditions pour qu’il devienne vivable.
J’ose à peine dire qu’il a fait les à-fonds de printemps. Mais on n’en est pas loin.
On est dans cette démarche qui vise à clarifier, à séparer, à ranger, à ordonnancer. À créer du vide pour permettre l’émergence de la vie. Et au final, en allant jusqu’à nommer les choses, Dieu leur assigne un rôle, une fonction. Il leur donne un sens.
Dieu dit. La chose advient. Dieu voit que cela est bon. Il en va ainsi jusqu’au cinquième jour.
Et soudain : Dieu dit : « Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance ».
« Faisons l'homme. » À qui s’adresse-t-il donc ? Jusque-là, on parlait de lui à la 3ème personne du singulier pour décrire ses actions. Voilà qu’il s’invite avec la première personne du pluriel.
Vous vous en méfiez, il y a évidemment plusieurs essais d’interprétation. Étant entendu que le “nous“ de majesté n’existe pas dans la bible. Cette phrase n’est donc pas le reflet d’un monologue.
Pour certains, Dieu dialoguerait avec les anges, dont la tradition précise qu’ils ont été créés avant l’humain.
Dans une interprétation du Midrach, ce recueil de commentaires de la bible juive, Dieu aurait eu affaire à 4 groupes d’anges aux avis divergents sur l’opportunité de créer l’être humain.
Les anges “d’amour“ auraient donné leur aval au créateur en le convainquant que l’homme est capable d’amour.
Mais les anges de “vérité“ se seraient, eux, opposés à cette création au prétexte que l’humain dira des mensonges et introduira ainsi le désordre dans le monde.
C’est alors que les anges de “justice“ ont répliqué et insisté pour qu’un être capable de justice soit créé.
Tandis que les anges de la “paix“ ont averti que l’humain amènerait la guerre sur la terre.
Un dialogue entre Dieu et des anges qui symbolisent 4 valeurs mises en question par la création de l’être humain : l’amour, la vérité, la justice, la paix. Pas besoin d’être un devin pour réaliser que notre positionnement individuel et collectif face à ces valeurs peut changer la face du monde du tout au tout.
Il y a une autre interprétation, chrétienne, qui évoque, elle, un conciliabule interne à Dieu, entre les 3 figures de la trinité. Dieu se parlerait à lui-même, du point-de-vue du Père, du Fils et de l’Esprit.
Une interprétation qui laisse un brin songeur parce qu’il n’y a aucune référence trinitaire dans ce récit. Sans compter que ce dogme est beaucoup beaucoup plus tardif que la rédaction de ce récit de la Genèse.
Quoi qu’il en soit, on peut trouver de l’intérêt dans toutes les explications.
Personnellement, je me rallie à une autre interprétation. Qui me paraît être la plus sensée.
Dans ce récit, Dieu n’a pas d’autre interlocuteur possible que l’homme lui-même.
Cette première personne du pluriel, ce “nous“, il vaudrait donc pour Dieu et pour l’humain, ensemble.
Je trouve que cette interprétation ouvre des perspectives intéressantes.
Compris ainsi, ce “nous“ signifie en premier lieu que Dieu ne saurait créer l’être humain sans l’être humain. Pour cet acte créateur-là, contrairement aux autres, il a besoin de sa collaboration de celui qu’il veut créer.
Pourquoi ?
Probablement parce que l’être humain n’est pas créé fini, comme un objet donné qui n’a pas à advenir autre chose que ce qu’il est.
On en fait tous l’expérience.
La vie nous a été donnée, à chacune, à chacun, malgré nous. Nous n’y sommes pour rien. Mais chacune et chacun de nous sommes, dès notre naissance, des êtres en devenir.
Il y a l’inné et l’acquis. Les influences familiales, sociales, culturelles. De fait, nous ne cessons de changer, d’évoluer.
Nous sommes encore et toujours en cours de création, jusqu’au moment où nous rendons notre dernier souffle.
D’où le fait que notre identité est plurielle et complexe. On ne peut pas nous contenir dans une seule petite case du catalogue de l’humanité.
Créé.e.s à l’image de Dieu, nous sommes comme lui dans une dynamique créatrice, dans un élan de changement incessant.
C’est un thème que Paul déclinera à de nombreuses reprises présentant l’humain comme un ouvrier avec Dieu. Nous l’entendions tout à l’heure : Nous travaillons ensemble à l'œuvre de Dieu, et vous êtes le champ de Dieu, la construction de Dieu.
Dieu n’a pas créé une marionnette.
Il a créé un être humain, homme et femme, qui est à son image et qui est capable de lui ressembler.
Elle est intéressante cette double notion d’image et de ressemblance.
Je ne sais pas si vous l’avez remarqué. Les deux termes sont utilisés lorsque Dieu évoque le projet. Dieu dit : « Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance…
Mais lorsque l’humain est créé, ne reste que le fait qu’il est à l’image de Dieu. La ressemblance a disparu.
Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa.
Cela pourrait signifier que sommes, chacune et chacun, créés à l’image de Dieu. C’est un donné, un fait. Comme notre naissance que j’évoquais.
Par contre, pour ce qui est d’être à sa ressemblance, nous avons à y travailler, jour après jour. Pour acquérir et déployer l’amour, la vérité, la justice, la paix dont Dieu est capable et dont il nous rend capables pour un vivre-ensemble possible et harmonieux au sein de la création.
La grâce que Dieu nous fait c’est de nous appeler “humain“ avant même de savoir si nous accepterons ou pas sa proposition de travailler ensemble, de devenir des co-créateurs, des co-producteurs de l’humanité.
La grâce qu’il nous fait, c’est de nous appeler “humain“ avant même de savoir si nous travaillerons à développer une humanité plus humaine capable d’humaniser le monde.
Tel est le pari fou de Dieu à notre égard. Un pari fou qui dit sa foi première en nous.
S’efforcer d’y répondre, c’est le projet, le programme de toute une vie.
Alors, je nous y encourage.
Entendons l’appel de Dieu.
Laissons résonner son « Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance… » au cœur de nos vies.
Avec lui, relevons le défi de créer l’humain et l’humanité.
Ce n’est pas un luxe.
C’est un impératif !
Amen
Lecture de Genèse 1 : 1 à 8 + 26 à 27
Commencement de la création par Dieu du ciel et de la terre. La terre était déserte et vide, et la ténèbre à la surface de l'abîme ; le souffle de Dieu planait à la surface des eaux, et Dieu dit : « Que la lumière soir ! » Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne. Dieu sépara la lumière de la ténèbre. Dieu appela la lumière « jour » et la ténèbre il l'appela « nuit ». Il y eut un soir, il y eut un matin : premier jour.
Dieu dit : « Qu'il y ait un firmament au milieu des eaux et qu'il sépare les eaux d'avec les eaux ! » Dieu fit le firmament et il sépara les eaux inférieures au firmament d'avec les eaux supérieures. Il en fut ainsi. Dieu appela le firmament « ciel ». Il y eut un soir, il y eut un matin : deuxième jour.
…
Dieu dit : « Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il soumette les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toute la terre et toutes les petites bêtes qui remuent sur la terre ! »
Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le
créa ; mâle et femelle il les créa. Dieu les bénit.
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Lecture de 1 Corinthiens 13 : 5 à 9
Qu'est-ce donc qu'Apollos ? Qu'est-ce que Paul ? Des serviteurs par qui vous avez été amenés à la foi ; chacun d'eux a agi selon les dons que le Seigneur lui a accordés. Moi, j'ai planté, Apollos a arrosé, mais c'est Dieu qui faisait croître. Ainsi celui qui plante n'est rien, celui qui arrose n'est rien : Dieu seul compte, lui qui fait croître. Celui qui plante et celui qui arrose, c'est tout un, et chacun recevra son salaire à la mesure de son propre travail. Car nous travaillons ensemble à l'œuvre de Dieu, et vous êtes le champ de Dieu, la construction de Dieu.