« En quête du christ »
Si je vous demandais : « Que dit-on de moi, qu’est-ce qu’on raconte à mon sujet ? Comment est-ce qu’on me perçoit ? », si je vous le demandais, et bien j’ai la vanité de penser que vous parleriez de moi, même par ouï-dire : on dit ! « On dit que tu es une femme, insupportable, pasteure, mariée et mère de 3 enfants, 30 ans de ministère et 15 ans au sein de l’équipe de soutien d’urgence. Tu parles beaucoup, tu nous fais rire parfois, d’autres tu nous fatigues… etc… etc … »
Si je vous demandais ce que l’on dit de moi, je m’attendrais à ce que vous me parliez de moi.
Je ne sais pas comment Jésus a réagi. Mais quand il questionne ses disciples, en deux temps, « Au dire des hommes, qui est le Fils de l'homme ? » … « Et vous, qui dites-vous que je suis ? », je me dis que les réponses ont dû l’étonner, peut-être même le décevoir, puisque la seule manière de parler de lui, c’est de le comparer à d’autres : Jean-le Baptiste, Élie, Jérémie, un prophète, le Messie.
Alors, pas n’importe quels autres, d’accord. Mais quand même.
C’est étrange, cette manière de parler de quelqu’un en faisant exclusivement référence à un autre l’ayant précédé. Comme s’il ne pouvait qu’en être la plus ou moins pâle copie.
De fait, je pense que les réponses données par les disciples sont toutes, pour l’essentiel, à côté de la plaque. Car Jésus n’est pas en train d’établir un baromètre de la comparaison pour connaître la hauteur de sa cote. Il demande simplement comment il est perçu et ce que l’on dit de lui.
Ce malentendu sur son identité, ou plus précisément cette difficulté à dire qui il est, elle traverse tout l’évangile. Combien de fois ne se méprend-on pas sur lui ? Tantôt, comme ici, on compare Jésus à d’autres, et ce faisant, on ne dit pas vraiment qui il est.
Tantôt on s’étonne de ce qu’il dit et fait au prétexte qu’il n’est, entre guillemets, que le fils de Marie et de Joseph. Une filiation ordinaire qui n’explique pas l’extra-ordinaire qu’il charrie avec lui et qu’il diffuse autour de lui.
« Et vous, qui dites-vous que je suis ? »
Cette question n’a cessé de résonner, jusqu’à nous rejoindre aujourd’hui.
Qui dites-vous qu’il est ?
Que dites-vous de Jésus à ceux qui vous le demandent ? Et à ceux qui ne veulent surtout rien en savoir ?
Et comme dans la bible on a des exemples concrets de réponses qui ne comptent qu’à moitié (Jean-le Baptiste, Élie, un prophète…), plus moyen de se cacher derrière elles.
Qui est Jésus ? Pour moi ? Pour toi ? Pour vous ? Pour nous ? Parce que c’est vrai que la question appelle avant tout un positionnement individuel. Mais la réponse peut aussi être collective.
Qui est-il pour moi ?
Qui est-il pour nous, réunis ce matin dans la cathédrale ?
Personnellement, j’aurais envie de dire que Jésus est d’abord l’un des nôtres. Un homme pétri d’humanité. Qui s’est attaché, sa vie durant, à regarder autour de lui pour prendre soin de celles et ceux qui se trouvaient à proximité, indépendamment de toute autre considération. Ils étaient là. Il prenait soin.
Et puis, il aimait plonger son regard dans celui des autres pour découvrir ce dont ils avaient besoin en profondeur.
Il ne s’imposait pas. Il passait et s’arrêtait à la demande.
Jésus a beaucoup regardé.
Il a écouté.
Il a parlé.
Il a touché.
Il a laissé, derrière lui, le parfum d’une présence bienfaisante.
Le récit que nous avons réentendu témoigne, de tout cela, avec un détail qui ne cesse me de fasciner. Je vous l’explique.
À la question : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Simon-Pierre répond : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »
Avec cette réponse, le disciple reste, en gros, dans la même ligne que les autres essais de réponse. On est un peu dans cette dynamique des grands catéchismes où l’élève articule ce que l’enseignant s’attend à entendre.
À une différence près.
De tout temps, le Messie est quelqu’un dont l’intervention ne laisse pas de marbre.
On ne peut pas croiser le Messie et en ressortir indemne. D’une telle rencontre, on en ressort toujours changé, chamboulé, métamorphosé.
Donc, si Simon-Pierre répond ainsi, c’est qu’il a vécu, aux côtés de Jésus, une transformation profonde, une conversion. Il est bouleversé au plus intime de lui-même par cette rencontre, par ce compagnonnage.
Jésus salue sa réponse en disant : « Heureux es-tu, Simon fils de Jonas, car ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.
« Ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père »
En parlant ainsi, Jésus reconnaît qu’il faut sortir des habituelles manières de définir l’identité de quelqu’un pour le saisir, lui. Pour le comprendre, pour le cerner un tant soit peu.
Ni son arbre généalogique, ni ses paroles ni ses actions, ne suffisent à révéler qu’il est le Christ. Pour que nous reconnaissions en lui le Christ, il faut que Dieu nous souffle cette réalité-là et qu’elle nous brûle du dedans.
Et ce qu’il y a de proprement vertigineux, c’est le détail qui me fascine, c’est que lorsque l’on a pu reconnaître en Jésus le Messie, notre identité est elle aussi totalement chamboulée.
Nous sommes transformés par cette confession de foi. Comme Simon, fils de Jonas, qui devient Pierre. « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. »
L’identité du disciple ne se contient, elle non plus, ni dans sa filiation, ni dans sa profession, ni dans ses paroles, ni dans ses actes. Elle est transcendée au contact de Jésus-Christ.
Derrière la question, « Et vous, qui dites-vous que je suis ? », se cache donc cette autre question : Qui est-ce que je deviens au contact du Christ ?
Qui est-ce que je deviens au contact du Christ ?
En laissant cette question me travailler, j’aime me souvenir des paroles de Jean, au tout début de son épître.
Lui qui a cherché à comprendre qui était le Verbe, indépendamment de ce la tradition ou les autres en disaient. Lui qui, en questionnant le Verbe fait chair, a connu cette révélation : « Dieu est lumière, et de ténèbres, il n'y a pas trace en lui. »
L’époque que nous vivons n’est pas très reluisante.
Elle a besoin de lumière.
Elle a besoin d’hommes, de femmes et d’enfants qui se laissent convertir par le Messie et qui, à sa suite, regardent autour d’eux pour prendre soin de celles et ceux qui sont à proximité, indépendamment de toute autre considération.
Elle a besoin d’hommes, de femmes et d’enfants qui s’attachent plonger leur regard dans celui des autres pour découvrir ce dont ils ont besoin en profondeur.
Alors, je m’interroge : Ne serait-ce pas le temps, pour nous, d’écrire une nouvelle page de l’évangile ?
Amen
Lecture de Matthieu 16 : 13 à 19
Arrivé dans la région de Césarée de Philippe, Jésus interrogeait ses disciples : « Au dire des hommes, qui est le Fils de l'homme ? » Ils dirent : « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres encore, Jérémie ou l'un des prophètes. » Il leur dit : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Prenant la parole, Simon-Pierre répondit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Reprenant alors la parole, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Jonas, car ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et la Puissance de la mort n'aura pas de force contre elle. Je te donnerai les clés du Royaume des cieux ; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aux cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aux cieux. »
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Lecture de 1 Jean 1 : extrait
Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l'annonçons, à vous aussi, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous.
Et notre communion est communion avec le Père et avec son Fils Jésus Christ. Et nous vous écrivons cela pour que notre joie soit complète.
Voici le message que nous avons entendu de lui et que nous vous dévoilons : Dieu est lumière, et de ténèbres, il n'y a pas trace en lui.