Prédication du 16 février, "Soli Deo Gloria"

 

CE À QUOI JE TIENS : « SOLI DEO GLORIA »

 

Au moment d’échanger la lumière à la fin du culte, il

m’arrive de prononcer ces mots :

“On ne peut pas diminuer l’obscurité,

on ne peut qu’augmenter la lumière”.

Ces mots ne sont pas de moi, on les attribue à

Martin Luther King.

J’aimerai avoir assez de foi pour diminuer

l’obscurité qui me cherche à s’installer en moi.

Mais c’est difficile.

L’obscurité, la nuit, les ténèbres sont un thème qui

traverse toutes les écritures de l’Ancien au Nouveau

Testament.

Bien sûr, je ne suis pas dupe, cette obscurité a

toujours régné dans le monde, à plus ou moins forte

intensité.

Aujourd’hui, l’obscurité règne à Kiev, à Karkiv.

Les ténèbres règnent à Goma dans le Nord Kivu.

L’obscurité règne dans les ruines de Gaza comme

elle règne dans les kibboutz où furent perpétrés les

massacres du 7 octobre.

Cette omniprésence de la violence, de la haine, de

la hargne, de la guerre me pèse.

Et la ténèbre s’est faite encore plus ténèbres - en moi

- depuis que dans le nouveau monde, on associe

sans vergogne Dieu au populisme distillé par un

gouvernement qui promeut l’homophobie et le

racisme décomplexé, la cupidité comme projet de

société, la loi du plus fort pour redessiner le monde,

une forme de darwinisme géopolitique.

La ténèbre s’est faite encore plus ténèbres – en moi

– depuis qu’une frange importante de chrétiens

prétendent que si le président a été élu, c’est parce

qu’il a d’abord été choisi par Dieu pour sauver les

Etats-Unis et la foi chrétienne.

Comment ne pas être choqué par ce soutien aveugle

qui déshonore à mon sens la foi chrétienne et qui la

salit aux yeux du monde.

Comment ne pas être inquiet de l’effet

d’entrainement que ce nouveau gouvernement

produit parmi bon nombre de partis politiques en

Europe et ailleurs dans le monde ?

Les jours ont beau se rallonger, j’ai le sentiment que

la nuit a pris le dessus.

Comment vivre dans cette nuit sans se laisser happer

par les ténèbres, sans broyer du noir, sans être

paralysé par la peur !

Comment augmenter la lumière ?

Cette question – qui me travaille – est à l’origine

d’une petite suite de trois prédications que je débute

aujourd’hui.

Face à cette noirceur la tentation est grande de

fermer les yeux.

La tentation est grande de se boucher le nez pour ne

pas être déranger par les odeurs nauséabondes qui

refluent jusqu’à nous.

La tentation est grande de faire la sourde oreille

pour que les mauvaises nouvelles relayées

instantanément par l’internet, ne nous affectent pas.

La tentation est grande de se distraire, de se divertir,

de s’enivrer pour oublier, pour noyer cette misère

qui nous saisit.

Je n’échappe pas à ces tentations et parfois j’y cède.

Mais ces stratégies d’évitement, ne nous soulagent

que pour un temps limité.

Tôt ou tard, la réalité nous rattrape, tôt ou tard, on

se cogne à elle.

Comment donc résister à la nuit ?

Comment résister au découragement ?

Car le monde n’a que faire de mon découragement;

le monde n’a que faire de mon sentiment

d’impuissance.

Le monde attend urgemment des hommes et des

femmes qui essaient, comme ils le peuvent, de

résister à la nuit qui se propage en augmentant la

lumière.

Cet appel parcourt toutes les écritures et celui qui se

revendique chrétien ne peut pas l’ignorer.

Les Écritures nous appellent à être dans notre monde

des falotiers.

Jadis, le falotier désignait l’allumeur de réverbère.

Un métier précaire et sans considération, un métier

exposé aux intempéries, un métier solitaire, sans

congé, sans shabbat ni dimanche.

Un métier de persévérance.

On ne peut pas être falotier par intermittence.

Comment augmenter la lumière dans la durée.

Tenir par gros temps.

Pour tenter d’y répondre, je me suis posé la

question de savoir à quoi je tenais dans ma foi, et

qu’est-ce qui me tenait dans la foi.

La première chose qui m’est venue à l’esprit c’est

“Soli Deo Gloria” … “à Dieu seul la gloire”.

Ce principe – cher aux protestants - fait écho à la

finale du texte de Jude que nous venons d’entendre.

à Dieu seul, notre Sauveur, par Jésus-

Christ notre Seigneur, soient gloire,

majesté, force et puissance, dès avant

tous les temps, et maintenant, et dans

tous les siècles ! Amen !

“Soli Deo Gloria”, j’y tiens.

Mais disons-le tout-de-suite, ce principe n’est pas

qu’un vague slogan qu’il suffit de répéter, non, ces

mots m’obligent à m’expliquer avec ce mot

compliqué qu’est “Dieu”.

Ces mots m’obligent à me laisser travailler par Dieu.

Quel est ce Dieu à qui je réserve l’exclusivité de la

gloire ?

Que des chrétiens reconnaissent dans le 47ème

président des États-Unis l’élu de Dieu en dit long – je

crois - sur les représentations de Dieu qui les habite :

Un Dieu fort, un Dieu dominateur, un Dieu puissant,

un Dieu juge, un Dieu vengeur, un Dieu triomphant,

un Dieu narcissique qui n’est préoccupé que par lui.

Un Dieu qui pèse de tout son poids sur les hommes

et le monde.

A propos de poids, c’est ainsi que l’on traduit le mot

hébreux Kavod qui désigne la gloire de Dieu dans

l’AT.

Dire la gloire de Dieu, c’est dire qu’il est un Dieu qui

a du poids.

Le grec a un autre mot pour dire la gloire : “doxa”,

un mot qui associe la gloire à la renommée, la

considération, l’éclat qui caractériserait Dieu.

C’est souvent ainsi que nous comprenons la gloire

de Dieu.

Dans notre esprit, un Dieu de Gloire est un Dieu qui

fait le poids, ou un Dieu qui brille et parfois nous

aveugle, un Dieu qui en met plein la vue.

Est-ce là le Dieu de gloire ?

L’auteur de l’épître de Jude précise que la gloire est

accordée à Dieu seul PAR Jésus-Christ.

Une préposition signifiante.

PAR Jésus-Christ.

Autrement dit c’est par Jésus de Nazareth que la

gloire de Dieu nous parvient.

La gloire de Dieu, s’est manifestée dans la vie et la

mort de Jésus de Nazareth.

Cette préposition est capitale.

Car en se manifestant en ou par Jésus de Nazareth,

Dieu opère un court-circuit qui vient perturber et

déconstruire toutes les représentations que nous nous

faisons de la gloire de Dieu.

Les premiers chrétiens ont reconnu la gloire de Dieu

dans l’insignifiance d’un homme, qui n’a pas pesé

bien lourd dans l’histoire du monde : Jésus moqué et

crucifié, abandonné par les siens.

Les premiers chrétiens ont reconnu la gloire de Dieu

dans un homme, sans considération, sans honneurs,

sans éclat, sans envergure, du moins au sens où le

monde l’entend.

La gloire de Dieu n’est pas telle qu’on l’imagine !

La gloire de Dieu se révèle puissamment dans ce

Jésus qui échappe à toutes les logiques de gloire qui

gouvernent ce monde et qui nous aliènent.

Contre la loi du plus fort qui ne sert – au final - les

intérêts que de quelques-uns, Jésus promeut la justice

pour les plus petits, les plus faibles.

La justice, voilà la gloire de Dieu.

Contre la loi de la prédation et du consumérisme,

Jésus choisi celle du don de soi.

Le don de soi, voilà la gloire de Dieu.

Contre la loi du talion, œil pour œil, dent pour

dent, Jésus choisit le pardon.

Le pardon, voilà la gloire de Dieu.

Contre la loi de l’entre soi, Jésus annonce la venue

du Royaume de Dieu, qui n’a rien d’un club sélect

(tel le club de golf de Maralago) mais qui est ouvert

aux brebis perdues, aux fils et aux filles perdus, aux

exclus et aux méprisés.

L’hospitalité, voilà la gloire de Dieu.

La foi est bien plus qu’une croyance que l’on

viendrait cultiver samedi après samedi.

La foi est bien plus qu’une piété que l’on viendrait

exercer samedi après samedi.

Elle est un style de vie, une manière d’être au monde

que Jésus a pleinement vécu et que son Esprit

cherche à insuffler dans le monde et par nous.

Lorsque je me laisse inspirer par l’Esprit, et que je

me surprends à me laisser ajuster au style de vie

de Jésus, n’est-ce pas dans ces moments-là, même

fugaces, que je goûte à la joie qui vient perforer mes

découragements.

Lorsque je me laisse inspirer par l’Esprit, et que je

me surprends à me laisser ajuster au style de vie de

Jésus, n’est-ce pas là qu’il m’est donné de faire

l’expérience d’une lumière plus forte que la nuit ?

La gloire de Dieu est bien différente de la gloriole,

de la vaine gloire après laquelle tant d’hommes et

de femmes courent !

Je crois que la logique de Dieu l’emportera !

Amen

 

JEAN 12,37-43

37Quoiqu'il eût opéré devant eux tant de signes, ils ne croyaient pas en lui,

38de sorte que s'accomplît la parole que le prophète Esaïe avait dite : Seigneur,

qui a cru ce qu'on nous avait entendu dire ? et à qui le bras du Seigneur a-t-il été

révélé ? 39Le même Esaïe a indiqué la raison pour laquelle ils ne pouvaient

1croire : 40Il a aveuglé leurs yeux et il a endurci leur cœur, pour qu'ils ne voient

pas de leurs yeux, que leur cœur ne comprenne pas, qu'ils ne se convertissent

pas, et je les aurais guéris ! 41Cela, Esaïe le dit parce qu'il a vu sa gloire et qu'il

a parlé de lui. 42Cependant, parmi les dirigeants eux-mêmes, beaucoup avaient

cru en lui ; mais, à cause des Pharisiens, ils n'osaient le confesser, de crainte

d'être exclus de la synagogue : 43c'est qu'ils préféraient la gloire qui vient des

hommes à la gloire qui vient de Dieu.

JUDE 1:  20-25

20 Pour vous, bien-aimés, vous édifiant vous-mêmes sur votre très sainte foi, et

priant par le Saint -Esprit, 21 maintenez -vous dans l’amour de Dieu, en attendant

la miséricorde de notre Seigneur Jésus -Christ pour la vie éternelle. 22 Reprenez

les uns, ceux qui contestent; 23 sauvez-en d’autres en les arrachant du feu; et

pour d’autres encore, ayez une pitié mêlée de crainte, haïssant jusqu’à la tunique

souillée par la chair. 24 Or, à celui qui peut vous préserver de toute chute et

vous faire paraître devant sa gloire irrépréhensible et dans l’allégresse, 25 à

Dieu seul, notre Sauveur, par Jésus-Christ notre Seigneur, soient gloire, majesté,

force et puissance, dès avant tous les temps, et maintenant, et dans tous les

siècles ! Amen !