CE À QUOI JE TIENS : « SOLI DEO GLORIA »
Au moment d’échanger la lumière à la fin du culte, il
m’arrive de prononcer ces mots :
“On ne peut pas diminuer l’obscurité,
on ne peut qu’augmenter la lumière”.
Ces mots ne sont pas de moi, on les attribue à
Martin Luther King.
J’aimerai avoir assez de foi pour diminuer
l’obscurité qui me cherche à s’installer en moi.
Mais c’est difficile.
L’obscurité, la nuit, les ténèbres sont un thème qui
traverse toutes les écritures de l’Ancien au Nouveau
Testament.
Bien sûr, je ne suis pas dupe, cette obscurité a
toujours régné dans le monde, à plus ou moins forte
intensité.
Aujourd’hui, l’obscurité règne à Kiev, à Karkiv.
Les ténèbres règnent à Goma dans le Nord Kivu.
L’obscurité règne dans les ruines de Gaza comme
elle règne dans les kibboutz où furent perpétrés les
massacres du 7 octobre.
Cette omniprésence de la violence, de la haine, de
la hargne, de la guerre me pèse.
Et la ténèbre s’est faite encore plus ténèbres - en moi
- depuis que dans le nouveau monde, on associe
sans vergogne Dieu au populisme distillé par un
gouvernement qui promeut l’homophobie et le
racisme décomplexé, la cupidité comme projet de
société, la loi du plus fort pour redessiner le monde,
une forme de darwinisme géopolitique.
La ténèbre s’est faite encore plus ténèbres – en moi
– depuis qu’une frange importante de chrétiens
prétendent que si le président a été élu, c’est parce
qu’il a d’abord été choisi par Dieu pour sauver les
Etats-Unis et la foi chrétienne.
Comment ne pas être choqué par ce soutien aveugle
qui déshonore à mon sens la foi chrétienne et qui la
salit aux yeux du monde.
Comment ne pas être inquiet de l’effet
d’entrainement que ce nouveau gouvernement
produit parmi bon nombre de partis politiques en
Europe et ailleurs dans le monde ?
Les jours ont beau se rallonger, j’ai le sentiment que
la nuit a pris le dessus.
Comment vivre dans cette nuit sans se laisser happer
par les ténèbres, sans broyer du noir, sans être
paralysé par la peur !
Comment augmenter la lumière ?
Cette question – qui me travaille – est à l’origine
d’une petite suite de trois prédications que je débute
aujourd’hui.
Face à cette noirceur la tentation est grande de
fermer les yeux.
La tentation est grande de se boucher le nez pour ne
pas être déranger par les odeurs nauséabondes qui
refluent jusqu’à nous.
La tentation est grande de faire la sourde oreille
pour que les mauvaises nouvelles relayées
instantanément par l’internet, ne nous affectent pas.
La tentation est grande de se distraire, de se divertir,
de s’enivrer pour oublier, pour noyer cette misère
qui nous saisit.
Je n’échappe pas à ces tentations et parfois j’y cède.
Mais ces stratégies d’évitement, ne nous soulagent
que pour un temps limité.
Tôt ou tard, la réalité nous rattrape, tôt ou tard, on
se cogne à elle.
Comment donc résister à la nuit ?
Comment résister au découragement ?
Car le monde n’a que faire de mon découragement;
le monde n’a que faire de mon sentiment
d’impuissance.
Le monde attend urgemment des hommes et des
femmes qui essaient, comme ils le peuvent, de
résister à la nuit qui se propage en augmentant la
lumière.
Cet appel parcourt toutes les écritures et celui qui se
revendique chrétien ne peut pas l’ignorer.
Les Écritures nous appellent à être dans notre monde
des falotiers.
Jadis, le falotier désignait l’allumeur de réverbère.
Un métier précaire et sans considération, un métier
exposé aux intempéries, un métier solitaire, sans
congé, sans shabbat ni dimanche.
Un métier de persévérance.
On ne peut pas être falotier par intermittence.
Comment augmenter la lumière dans la durée.
Tenir par gros temps.
Pour tenter d’y répondre, je me suis posé la
question de savoir à quoi je tenais dans ma foi, et
qu’est-ce qui me tenait dans la foi.
La première chose qui m’est venue à l’esprit c’est
“Soli Deo Gloria” … “à Dieu seul la gloire”.
Ce principe – cher aux protestants - fait écho à la
finale du texte de Jude que nous venons d’entendre.
à Dieu seul, notre Sauveur, par Jésus-
Christ notre Seigneur, soient gloire,
majesté, force et puissance, dès avant
tous les temps, et maintenant, et dans
tous les siècles ! Amen !
“Soli Deo Gloria”, j’y tiens.
Mais disons-le tout-de-suite, ce principe n’est pas
qu’un vague slogan qu’il suffit de répéter, non, ces
mots m’obligent à m’expliquer avec ce mot
compliqué qu’est “Dieu”.
Ces mots m’obligent à me laisser travailler par Dieu.
Quel est ce Dieu à qui je réserve l’exclusivité de la
gloire ?
Que des chrétiens reconnaissent dans le 47ème
président des États-Unis l’élu de Dieu en dit long – je
crois - sur les représentations de Dieu qui les habite :
Un Dieu fort, un Dieu dominateur, un Dieu puissant,
un Dieu juge, un Dieu vengeur, un Dieu triomphant,
un Dieu narcissique qui n’est préoccupé que par lui.
Un Dieu qui pèse de tout son poids sur les hommes
et le monde.
A propos de poids, c’est ainsi que l’on traduit le mot
hébreux Kavod qui désigne la gloire de Dieu dans
l’AT.
Dire la gloire de Dieu, c’est dire qu’il est un Dieu qui
a du poids.
Le grec a un autre mot pour dire la gloire : “doxa”,
un mot qui associe la gloire à la renommée, la
considération, l’éclat qui caractériserait Dieu.
C’est souvent ainsi que nous comprenons la gloire
de Dieu.
Dans notre esprit, un Dieu de Gloire est un Dieu qui
fait le poids, ou un Dieu qui brille et parfois nous
aveugle, un Dieu qui en met plein la vue.
Est-ce là le Dieu de gloire ?
L’auteur de l’épître de Jude précise que la gloire est
accordée à Dieu seul PAR Jésus-Christ.
Une préposition signifiante.
PAR Jésus-Christ.
Autrement dit c’est par Jésus de Nazareth que la
gloire de Dieu nous parvient.
La gloire de Dieu, s’est manifestée dans la vie et la
mort de Jésus de Nazareth.
Cette préposition est capitale.
Car en se manifestant en ou par Jésus de Nazareth,
Dieu opère un court-circuit qui vient perturber et
déconstruire toutes les représentations que nous nous
faisons de la gloire de Dieu.
Les premiers chrétiens ont reconnu la gloire de Dieu
dans l’insignifiance d’un homme, qui n’a pas pesé
bien lourd dans l’histoire du monde : Jésus moqué et
crucifié, abandonné par les siens.
Les premiers chrétiens ont reconnu la gloire de Dieu
dans un homme, sans considération, sans honneurs,
sans éclat, sans envergure, du moins au sens où le
monde l’entend.
La gloire de Dieu n’est pas telle qu’on l’imagine !
La gloire de Dieu se révèle puissamment dans ce
Jésus qui échappe à toutes les logiques de gloire qui
gouvernent ce monde et qui nous aliènent.
Contre la loi du plus fort qui ne sert – au final - les
intérêts que de quelques-uns, Jésus promeut la justice
pour les plus petits, les plus faibles.
La justice, voilà la gloire de Dieu.
Contre la loi de la prédation et du consumérisme,
Jésus choisi celle du don de soi.
Le don de soi, voilà la gloire de Dieu.
Contre la loi du talion, œil pour œil, dent pour
dent, Jésus choisit le pardon.
Le pardon, voilà la gloire de Dieu.
Contre la loi de l’entre soi, Jésus annonce la venue
du Royaume de Dieu, qui n’a rien d’un club sélect
(tel le club de golf de Maralago) mais qui est ouvert
aux brebis perdues, aux fils et aux filles perdus, aux
exclus et aux méprisés.
L’hospitalité, voilà la gloire de Dieu.
La foi est bien plus qu’une croyance que l’on
viendrait cultiver samedi après samedi.
La foi est bien plus qu’une piété que l’on viendrait
exercer samedi après samedi.
Elle est un style de vie, une manière d’être au monde
que Jésus a pleinement vécu et que son Esprit
cherche à insuffler dans le monde et par nous.
Lorsque je me laisse inspirer par l’Esprit, et que je
me surprends à me laisser ajuster au style de vie
de Jésus, n’est-ce pas dans ces moments-là, même
fugaces, que je goûte à la joie qui vient perforer mes
découragements.
Lorsque je me laisse inspirer par l’Esprit, et que je
me surprends à me laisser ajuster au style de vie de
Jésus, n’est-ce pas là qu’il m’est donné de faire
l’expérience d’une lumière plus forte que la nuit ?
La gloire de Dieu est bien différente de la gloriole,
de la vaine gloire après laquelle tant d’hommes et
de femmes courent !
Je crois que la logique de Dieu l’emportera !
Amen
JEAN 12,37-43
37Quoiqu'il eût opéré devant eux tant de signes, ils ne croyaient pas en lui,
38de sorte que s'accomplît la parole que le prophète Esaïe avait dite : Seigneur,
qui a cru ce qu'on nous avait entendu dire ? et à qui le bras du Seigneur a-t-il été
révélé ? 39Le même Esaïe a indiqué la raison pour laquelle ils ne pouvaient
1croire : 40Il a aveuglé leurs yeux et il a endurci leur cœur, pour qu'ils ne voient
pas de leurs yeux, que leur cœur ne comprenne pas, qu'ils ne se convertissent
pas, et je les aurais guéris ! 41Cela, Esaïe le dit parce qu'il a vu sa gloire et qu'il
a parlé de lui. 42Cependant, parmi les dirigeants eux-mêmes, beaucoup avaient
cru en lui ; mais, à cause des Pharisiens, ils n'osaient le confesser, de crainte
d'être exclus de la synagogue : 43c'est qu'ils préféraient la gloire qui vient des
hommes à la gloire qui vient de Dieu.
JUDE 1: 20-25
20 Pour vous, bien-aimés, vous édifiant vous-mêmes sur votre très sainte foi, et
priant par le Saint -Esprit, 21 maintenez -vous dans l’amour de Dieu, en attendant
la miséricorde de notre Seigneur Jésus -Christ pour la vie éternelle. 22 Reprenez
les uns, ceux qui contestent; 23 sauvez-en d’autres en les arrachant du feu; et
pour d’autres encore, ayez une pitié mêlée de crainte, haïssant jusqu’à la tunique
souillée par la chair. 24 Or, à celui qui peut vous préserver de toute chute et
vous faire paraître devant sa gloire irrépréhensible et dans l’allégresse, 25 à
Dieu seul, notre Sauveur, par Jésus-Christ notre Seigneur, soient gloire, majesté,
force et puissance, dès avant tous les temps, et maintenant, et dans tous les
siècles ! Amen !